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Rapport de la Banque Mondiale sur le réchauffement climatique : un constat accablant

Runaway Train

4-degre-must-be-avoided-banque-mondiale-2012« Pourquoi il faut absolument éviter un réchauffement mondial de 4°C ». Il ne s'agit pas de la manchette d'un journal à sensation ni du slogan d'une ONG. C'est le titre du dernier rapport de la Banque Mondiale sur le climat, en novembre 2012.

La fin du langage diplomatique

Fini les demi-mots et le langage feutré. Devant l'aveuglement et l'impuissance d'un grand nombre d'acteurs au sujet du climat, de grandes institutions, telles que l'Agence Internationale de l'Énergie (AIE) et la Banque Mondiale commencent à changer de vocabulaire. Tant pis pour les accusations d'alarmisme. Les scientifiques, quelques années après la publication du rapport du GIEC de 2007, avaient rapidement commencé à prendre une tonalité plus grave suite aux travaux postérieurs qui montraient une aggravation de la situation. Pendant ce temps, de nombreux responsables politiques différaient des mesures importantes bien que délicates. Peu soutenus, il est vrai, par l'opinion de leurs pays.

Le ton a donc changé. Les propos mesurés et volontairement prudents employés le GIEC et les scientifiques ne les avaient de toute façon pas empêchés d'être accusés de catastrophisme par les dénégateurs du climat. Pour un résultat très deçà des attentes. Faut-il employer un ton plus grave pour être efficace ? Difficile à dire, mais ces institutions ont maintenant choisi de ne pas masquer leur évaluation de la situation, en employant des mots très clairs. Le président de la Banque Mondiale, Dr. Jim Yong Kim, espère que ce langage – réaliste - produira un choc « tel qu'il nous pousse à agir », et que tous ceux qui agissent déjà le feront avec « un sentiment d'urgence encore plus fort ». Il ne s'agit en aucun cas de catastrophisme car ce travail, comme le dit M. Kim, « est guidé par des données et des faits ».

« J'ai l'espoir que ce rapport nous fasse un choc tel qu'il nous pousse à agir (...).

Ce rapport décrit ce que sera le monde si le réchauffement climatique atteint 4°C, et selon les prévisions quasi-unanimes des scientifiques c’est ce qui se produira avant la fin du siècle en l’absence d’un changement drastique de politique »


Dr. Jim Yong Kim, Président de la Banque mondiale

Cela fait depuis un moment qu'au fond nous savons bien cela, ainsi que le rappelle ce rapport. Les mensonges, les manœuvres, les piratages de mail ou de sites internet, la diarrhée de commentaires sur le web provenant des dénégateurs du climat prouvent combien ils savent qu'ils ont tort. Souvent les autres regardent ailleurs. L'inertie et la difficulté à réformer fait le reste. C'est pourquoi malgré de nombreux efforts, le train accélère. En face, il y a un mur. À mesure que le temps passe, les scientifiques nous disent que ce mur est plus proche qu'on ne le croyait. La psychologie humaine étant ce qu'elle est, il faudra sans doute attendre de grandes catastrophes pour que les égoïsmes particuliers et les statu quo paresseux soient balayés par un sentiment d'urgence. Il sera bien tard. Le train fou avance et accélère.

Il n'est encore pas trop tard et ce rapport confirme que des actions décisives sont possibles et qu'elles sont compatibles avec la croissance économique. Le temps est plus que jamais à l'action, réfléchie mais volontaire.

Écosystèmes humains et naturels : un équilibre en mouvement. Ne pas rompre.

Il est vrai que la planète et la vie sur Terre ne sont pas menacées. L'humanité s'en remettra. La Terre en a vu d'autres et l'humanité a survécu à la dernière glaciation. Le rapport d'ailleurs ne parle pas de cataclysme contrairement à ce qu'une agence de presse reprise par des dizaines de journaux affirme. Il est donc inutile et erroné de crier à la fin du monde ou à la fin de la civilisation.

Pas la fin du monde, donc. Mais probablement la fin d'un monde. Celui que nous connaissons et dans lequel nous vivons : « le monde serait si radicalement différent de celui que nous connaissons qu'il est difficile d'en faire une description exacte », dit encore le Dr. Jim Yong Kim.

Pourquoi un réchauffement climatique aurait-il un tel impact ? Parce que la vie, tout comme notre société, repose sur un équilibre en mouvement. Imaginons qu'on agite fortement l'eau d'une marre : elle se trouble et peut mettre longtemps avant de se clarifier. De même pour les écosystèmes naturels et humains. S'ils sont déstabilisés, ils repartiront un jour sous une nouvelle forme. Mais après des générations sacrifiées et des troubles dont la durée pourra se chiffrer en dizaines, en centaines, voire en milliers d'années pour ce qui est des écosystèmes.

Les engagements volontaires actuels sur la limitation des émissions aboutiront très probablement à un réchauffement de 3,5 à 4 °C. « Plus ces promesses tardent à être tenues, plus une élévation de 4 °C de la température parait probable »

Les changements qui se profilent seront d'une ampleur comparable au passage d'une ère glaciaire à une ère interglaciaire. Dans le passé la vie est repartie suite à de tels changements, mais les êtres vivants d'alors ont payé le prix fort : disparition d'organismes vivants par millions et disparition d'espèces par dizaine de milliers. Les humains ont également payé un lourd tribut aux changements climatiques du passé. Morts, maladies, famines et disparition de plusieurs civilisations, ainsi que l'attestent de plus en plus précisément certains travaux scientifiques (civilisation Maya, Mésopotamie...). L'erreur de ceux qui clament que la Terre en a vu d'autres et qu'il n'y a donc rien de grave repose sur deux illusions : l'idée que l'évolution est régulière et suit un progrès constant, et l'illusion de celui qui vient après la tempête. Pour celui-ci les choses ont toujours été très calme. C'est le contraire : la vie sur Terre, de même que l'histoire des civilisations, ont connu des hauts et des bas, des périodes d'opulence et des arrêts brusques, des prospérités magnifiques suivies par des effondrements de longue durée. Est-ce cela que nous voulons ?

Le développement de notre civilisation a été très probablement favorisé par une longue période de stabilité du climat. Les équilibres sociaux, économiques et politiques sont fragiles, et des études historiques montrent que les facteurs climatiques ont pu enrayer la machine et provoquer des troubles sociaux et politiques profonds, et la disparition de plusieurs civilisations. Il ne s'agit pas là de pronostiquer la fin de notre civilisation, mais de montrer combien elle est sensible au facteur climatique. Ce rapport montre que notre civilisation, même si elle a atteint un degré technologique inouï, reste sensible aux événements du climat.

Une économie sensible aux changements climatiques

Ainsi notre économie, malgré toute la puissance de son industrie et de sa technologie, est largement tributaire du climat. Une sécheresse importante aux États-Unis ou en Russie suivie d'une autre l'année suivante, et c'est le cours des céréales qui s'affole, suivi bientôt par des émeutes. Des inondations en Corée du Sud ? Le prix des disques durs double pour longtemps. Ces exemples récents sont peu de chose à côté de ce qui pourrait arriver. Le rapport pointe les risques systémiques provenant d'un appareil productif spécialisé et globalisé : des perturbations locales peuvent se répercuter à l'échelle globale. L'organisation sociale, culturelle, économique ainsi que les infrastructures, sont adaptés à un climat donné et seraient fortement déstabilisés en cas de changement important. Certes, tout change, et le changement n'est pas mauvais quand il se traduit par un progrès. Mais les changements dont il est question, imposés de l'extérieur, induiront très probablement une grande désorganisation et seront très douloureux pour les populations. Adaptons-nous, disent certains. Chiche : il n'y a qu'à déménager les millions d'habitants concernés par l'aridification vers l'Europe du nord ! Ah oui, il faudra également déménager le Bangladesh ... On a déjà du mal à s'entendre pour réduire les émissions de GES, comment croire que cela se fera sans heurts ?

 

Synthèse du rapport

 Références

 


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